La Marche verte, Révolte d’un roi et son peuple

Épopée qui cimente tout un peuple et l’associe au projet de son souverain; Révolution en douceur d’un peuple et de son roi incitant l’envahisseur à rentrer chez lui.

Une comparaison entre le territoire du Maroc d’avant la colonisation et après le protectorat révèle les pertes territoriales subies par l’empire chérifien pendant le douloureux épisode de la colonisation. Le Maroc, comme le disait Feu Sa Majesté Hassan II, a eu le drame de faire face, non pas à un seul, mais à deux colonisateurs : La France et l’Espagne. C’est pour cette raison que la décolonisation, dans le cas de notre pays, a été difficile, lente et laborieuse.

Au début des années 70, Feu Sa majesté Hassan II a revendiqué les provinces du sud (Sahara marocain) à l’Espagne de Franco, mais celle-ci a refusé de restituer ce territoire au Maroc. Voyant l’intransigeance de l’Espagne, Hassan II a par la suite saisi la Cour Internationale de Justice pour faire valoir les droits historiques du Maroc tout en préparant un plan B dans le secret le plus absolu. Quelques mois plus tard, Hassan II profite du verdict de la Cour Internationale de Justice, reconnaissant des liens d’allégeance entre les tribus sahraouies et les dynasties marocaines, pour recourir à son arme secrète, la Marche verte, afin de faire pression sur l’Espagne, toujours hésitante. Le 16 octobre 1975, dans un discours qui façonnera pour toujours l’histoire du Maroc, le souverain marocain prononcera ces mots qui resteront gravé dans notre mémoire collective : « Cher peuple, demain tu franchiras la frontière […] Demain tu entameras ta marche verte […] Demain tu fouleras une terre qui est tienne […] Tu palperas des sables qui sont tiens. Demain tu embrasseras un sol qui fait partie intégrale de ton cher pays. »

Répondant massivement à l’appel de leur souverain, les Marocains se sont portés volontaires en grand nombre. Au lieu des 350000 voulus par Hassan II, il y a eu plus d’un million de volontaires.

La Marche verte de 1975 : Un événement historique, qui fête ses 49 ans, reste au cœur de l’identité du Maroc moderne.

Armés du seul drapeau marocain et d’un coran censé leur apporter la baraka du Protecteur suprême, les participants, embarqués dans un élan de nationalisme et animés par le souhait de reprendre une terre longtemps usurpée, défient vent et sables et investissent les dunes. Trains, avions et navires participent au ballet logistique. Le 23 octobre, le premier convoi de marcheurs prend position à Tarfaya. Le 6 novembre au petit matin, la Marche verte, ou opération Fath est lancée : les 350 000 volontaires de cette armée pacifique s’élancent dans le désert, embarqués à bord de milliers de cars et de camions pour une démonstration qui durera jusqu’au milieu du mois. Des portraits du roi et des milliers de corans sont brandis par la marée humaine qui croise en chemin les premières garnisons espagnoles évacuant la place.

Ne trouvant pas d’autres mots pour qualifier ce coup de poker diplomatique calculé, Philip Windsor, un observateur britannique, risque la formule de « technique de terrorisme inversé ». Il s’en explique : « On ne prend pas d’otages à l’ennemi, on lui fournit, à son corps défendant, des otages volontaires et consentants, l’obligeant soit à céder, soit à tuer des innocents. De son côté Abdallah Laroui, historien marocain, estime que « cette marche aux allures bibliques », considérée par les observateurs internationaux comme un coup de poker et de génie de la part de Hassan II « qui en fit un moment décisif de son règne et de la conscience nationale marocaine », ne constitue pas simplement un acte politique : « Elle fut un acte mystique ».  

Modèle de lutes pacifiques, la marche verte est une prise de risque et un miracle à bien des égards !

Il est vrai que la Marche verte, coup de génie de Hassan II, constitue non seulement un miracle diplomatique visant à libérer son territoire de façon pacifique, mais aussi un miracle logistique dans la mesure où il fallait assurer le transport, l’alimentation, les soins de santé ainsi que la sûreté aux participantes et participants, venus massivement pour se faire constituer comme otages volontaires et mettre l’Espagne franquiste devant un dilemme : tirer sur des civiles non armés avec toutes les conséquences que cela pouvait avoir sur l’image de ce pays européen, ou céder à la requête de Hassan II et restituer ces provinces au Maroc. Épopée qui cimente tout un peuple et l’associe au projet de son souverain; Révolution en douceur d’un peuple et de son roi incitant l’envahisseur à rentrer chez lui.

En réponse à ceux qui se de demandaient ce qui allait arriver si la marche verte venait à échouer, Hassan II réplique en sans détour qu’il avait décidé d’abdiquer, au cas où son pari diplomatique eût échoué.

Quant aux acquis de la Marche verte, ils sont innombrables! En plus des gains territoriaux évidents, la population locale a pu bénéficier d’une mise à niveau avec les autres régions du Maroc, ce qui lui permet d’embrasser une prospérité certaine dans la mesure où ses conditions de vie et son niveau de vie connaissent une nette amélioration depuis la fin de l’occupation espagnole.

 Par ailleurs, la récupération des provinces du sud a permis au Maroc de renouer avec ses racines africaines et d’assoir la politique africaine de Sa Majesté Mohamed VI. Comme belles illustrations de cette vision politique tournée vers l’Afrique, j’ai parlé du projet du gazoduc Nigéria-Maroc, permettant à 13 pays africains de coopérer autour d’un projet fédérateur et de l’initiative du Sahel qui a pour but le désenclavement de quatre pays (Le Tchad, le Niger, Le Burkina Fasso et le Mali), ce qui fera à terme de ces même pays des partenaires commerciaux fiables et peut-être des alliés sur lesquels le Royaume chérifien peut compter dans le bras de fer qui l’oppose à l’Algérie. La politique africaine du Maroc, telle que voulue et conçue par Sa majesté Mohamed VI, se base sur l’approche gagnant-gagnant qui fait des pays qui choisissent de s’associer au Maroc des partenaires à part entière. C’est là que les paroles du souverain chérifien « l’Afrique est mon continent et ma maison » prennent tout leur sens.

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